15/09/2014

Rennes-le-Château Un prêtre "défroqué" se bat pour une "juste retraite"

P8185565 copie.jpg

Même s’ils n’ont jamais porté la soutane (le froc) on les appelle les «défroqués». Ils seraient une dizaine de milliers en France qui ont rompu un engagement à vie pour rejoindre la vie civile. Philippe Hui est de ceux-là.  Je l’ai rencontré dans l’asile d’un petit patio près de la Tour Magdala à Rennes le Château où il a accepté de se livrer sur son passé…

 

Les raisons de ces départs sont multiples : soit pour ne pas vivre une liaison amoureuse dans la clandestinité, soit comme Philippe parce qu’il n’y croyait plus.

Philippe est entré au séminaire en 1959 et jusqu’en 1996 il s’est investi passionnément dans divers quartiers très populaires.

- 37 ans de sacerdoce, ça laisse des traces ?

-- « Oh oui, et aussi de beaux souvenirs et de solides amitiés. »

-- Alors ?

-- « Alors ça me devenait intenable d’avoir un statut qui me marginalisait dans la société et pas seulement à cause de l’obligation du célibat. La foi en Dieu ne me paraissait pas indispensable pour agir dans la vie d’un quartier avec nombre de militants, de travailleurs sociaux qui se contentent de croire en l’homme !

Un prêtre, qu’il soit évêque ou «de base», ça ne vit pas richement quoiqu’en pensent beaucoup de gens et le plus souvent ça bosse dur, et ça ne vit pas la vie d’un salarié, d’un mari ou d’un père de famille, ce que j’aime appeler «la vie normale» !

Ma décision a été respectée par mes supérieurs et, comme je n’avais rien à moi, ils m’ont aidé financièrement pour que je puisse «me refaire». Mes frères et sœurs m’ont aussi épaulé pendant que je fréquentais l’ANPE jusqu’à un emploi d’ouvrier d’entretien dans une grande surface. C’est comme cela que je suis arrivé à Rennes le Château sans compter sur le trésor, sans savoir qu’un certain abbé Saunière  avait rendu le village célèbre ! 

Je connais maintenant par expérience les fins de mois difficiles, les taxes, les impôts, les assurances… tout ce que les gens modestes connaissent mais je sais aussi qu’un salaire, si petit soit-il, a meilleur goût que l’argent des dons, des quêtes ou des honoraires de messe » !

Ce n’était plus la vie des « quartiers sensibles » mais celle d’un village rural. Philippe a voulu là aussi participer à la vie associative locale et à la vie municipale en acceptant d’être élu 1er adjoint. : «J’ai apprécié la fréquentation de tous ces maires de petites communes qui, sur un mode laïc, s’investissent au service de leur population avec une générosité qui n’a rien à envier à celle de certains curés pour leurs paroissiens ! ».

Beaux souvenirs, mais aussi de sérieux griefs

Philippe nous a dit avoir gardé de beaux souvenirs et de solides amitiés, mais il a aussi de sérieux griefs : il rajoutera, «Je n’ai jamais admis que l’Eglise de France se soit tenue à l’écart de cette belle initiative de 1945, j’entends  la création de la Sécurité sociale. Une deuxième chance a été offerte en 1974 quand le président Giscard d’Estaing a voulu que TOUS les Français soient couverts par un régime de protection sociale maladie et vieillesse fondé sur la répartition. C’est, comme d’habitude, sans consultation de sa base et malgré de nombreuses résistances que les évêques ont obtenu «un régime particulier du régime général » appelé aujourd’hui la CAVIMAC : organisme laïc dans la gestion duquel  l’Eglise Catholique exerce une grande influence. J’ajoute que, pour son personnel, l’Eglise n’a jamais cotisé pour une retraite complémentaire».

 

Les comptes sont hélas vite faits.. 

Résultat, pour 37 ans (148 trimestres) d’engagement dans l’Eglise Philippe perçoit de la CAVIMAC une pension mensuelle de 384,39€. La somme est tellement dérisoire que la CAVIMAC y ajoute une allocation complémentaire de 265 € 97 (soumise à conditions de ressources). Il y deux ans Philippe s’est marié et son épouse gagne le SMIC. Alors, non seulement l’Allocation complémentaire a été supprimée mais Philippe doit rembourser en 2014 un « trop perçu en 2013 » de 1723 € ! Avec ses pensions d’ «homme normal» il ne peut compter que sur 613 € mensuels en ayant travaillé jusqu’à 65 ans.

C’est pour cela que Philippe s’est engagé dans une association d’anciens prêtres et religieuses pour une juste retraite : L’APRC (Association Pour une Retraite Convenable). En 30 ans, le dialogue n’a jamais pu s’instaurer tant avec la CAVIMAC qu’avec les instances de l’Eglise. Des engagements n’ont pas été respectés. Pour cette raison l’APRC forte de son millier d’adhérents, a esté en justice des dizaines de procès auprès des TASS (Tribunaux des Affaires de Sécurité Sociale) qui font courir les avocats de la CAVIMAC et de l’Eglise aux quatre coins du pays. Les jugements rendus sont pour la plupart favorables aux plaignants et cela jusqu’en cassation. Le règlement intérieur de la CAVIMAC a été déclaré « entaché d’illégalité » par le Conseil d’Etat, et pour cause  (c’est l’Eglise qui a dicté les critères déterminant la date d’affiliation à la caisse). Où en est la séparation de l’Eglise et de l’Etat et le respect de la laïcité ? A cause de cela, Philippe perd 20  trimestres ! 

-- Mais qui est au courant de tout cela ?

«Très peu de monde et surtout pas ceux qu’on appelle les pratiquants. Sur des questions comme celles-là et tant d’autres ils ne sont pas consultés et pourtant c’est par eux, qu’on appelle « Le peuple de Dieu », que l’Eglise existe ! Alors l’APRC essaie de médiatiser ses revendications et aussi ses propositions constructives. Grâce à l’écoute de plusieurs parlementaires (dont le mien) notre dossier est parvenu jusqu’à la ministre des Affaires sociales, Mme Marie-Sol TOURAINE. Une rencontre a eu lieu, d’autres sont envisagées. Des militants ont aussi des initiatives personnelles comme celle d’inviter leurs relations à verser tout ou partie de leur « Denier du culte » à l’APRC pour le financement des procès.

 

-- Vous ne craignez pas que ces propos heurtent beaucoup de gens ?

« Oui parce que je sais aussi la sincérité, la façon exemplaire de vivre l’Evangile de beaucoup de gens dans leur village, leur immeuble ou leur quartier. Je sais aussi que quand j’ai « déserté » ils m’ont remercié d’aller le leur dire franchement. Ceux qui le pouvaient sont venus à notre mariage ! Quand on parle avec mépris des « bigots » ou des « grenouilles de bénitier » on ignore bien souvent qu’ils ont l’esprit bien plus large que nombre de plus jeunes qui veulent faire de l’Eglise la gardienne de leur ordre établi.

Contact : hui.philippe@wanadoo.fr (répondra à tous les messages non anonymes..)  Pour  mieux s’informer sur l’APRC, une partie du site est « grand public » à www.aprc.asso.fr.  

 

23:15 Écrit par CATHERINE MERCIER dans actualité, mode de vie, NOS VILLAGES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.