12/09/2014

Terroles Quand l’amitié dépasse la haine

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Des histoires de prisonniers sont le fait de toutes les guerres. Pourtant, l’histoire de Zep (Josef Braun) et de Louisette Fraisse est exceptionnelle et tellement belle … 

Ce mécanicien allemand a été fait prisonnier en 1945 par les américains en  Bade-Wurttemberg (Allemagne). 

Il n’avait pas souhaité reprendre la ferme familiale, et travaillait dans une petite usine de ferronnerie. Il avait été enrôlé dans l’armée allemande à 19 ans, il était mécanicien dans l’armée de l’Air. Transféré au Mans par les américains, il fut «cédé» aux français pour rejoindre le camp 162 de Rivesaltes et faire les vendanges dans le sud de la France. Pourtant, il fut conduit à Fels (commune de Terroles) où il n’y avait pas de vigne. Là, l’achat de parcelles de bois après la première guerre mondiale par Maître  Pallot, notaire à Béziers, nécessitaient un entretien de coupe et de replants. Pour Joseph, comme pour ses 9 camarades, le travail à l’extérieur leur plaisait beaucoup, Joseph avait été désigné chef du groupe. La forêt de la Courbatière était proche de la maison de leur lieu de résidence, ils partageaient des dépendances avec les familles Gual et  Gaïda à Fels. Ramon et Anita Gual, deux réfugiès espagnols, montreront le rude travail au groupe : nettoyer les chemins escarpés, couper des layons, replanter, débiter des piquets pour la mine de plomb toute proche, sans compter les travaux annexes. 80 000 douglas et 120 000 cèdres furent replantés durant cette période. 

 

Zep se fait un surnom

Le problème de la communication s’efface peu à peu entre les deux nationalités si différentes et quelques anecdotes ne feront que montrer le rapprochement et les liens étroits qui  unissent ces travailleurs attachés à une même terre. Pour la Noël 1946, la fille  de Ramon et d’Anita -qui n’a pas six mois- servira d’enfant Jésus (Christkindle)  dans la crèche des prisonniers au pied d’un sapin richement décoré de matériaux récup’. Et c’est peut être bien de là que tout devient si naturel... Mascotte du groupe, elle sera l’objet de toute leur attention et recevra des  présents hautement symboliques : des peaux séchées, les prisonniers lui confectionnent des chaussures et réserveront toujours à l’enfant leurs meilleurs soins. La pratique de la chasse a terminé de resserrer des liens autour d’une même table sans doute entre les Gual et Zep. Depuis, Christkindle (qui se prénomme Louisette) s’est mariée et c’est Zep qui conduisait la voiture tout comme il avait été chauffeur attitré du Massef Fergusson. Qui  ne connait pas Louisette Gual épouse Fraisse .. de Terroles, dans le canton de Couiza !?

 

Et jure comme tous, en oc !

« Macarel de dios» (avec un parfait accent local) demeure son juron favori de Zep encore aujourd’hui. Ne demandons pas d’où il le tient, sûrement pas de son Riedlingen natal rejoint en 1947. Pourtant, le jour de son départ, alors qu’il est appelé précipitamment, il promettra à Anita de revenir dès qu’il aurait une voiture.. Et un jour, un jour d’été de 1962 il est revenu en visite, pour seulement un jour, mais il est revenu.. en homme libre.

«Le boche» aura eu du mal à être renseigné sur son itinéraire, même à Arques, ou à Alet .. Et quand il apprend que Fels  a brûlé, il est anéanti et plus encore cherchera les Gual partout… Malgré  les temps qui ont changés, nombreux l’ont reconnu et c’est auprès «ceux de  Gual» enfin retrouvés que l’apaisement cultivera leur amitié. 

 

70 ans d’une belle histoire s’écrivent encore

Âgé cette année de 93 ans, nous avons rencontré Zep, l’ami des Fraisse, celui qui a passé tous les ans ses vacances à Terroles avec son épouse et sa famille, placé l’électricité dans la maison des Gual, fait sauter les enfants et petits enfants de sa Christkindle (Louisette) sur ses genoux, toujours présent pour la fête du village et aux cérémonies familiales, Zep considère Terroles comme sa seconde patrie. Ses forêts qui l’entourent qu’il a tant soignées sont le fruit de tout l’amour et le soin qu’il a porté à ce  petit coin de France où il a passé deux années en captivité en tant que prisonnier de guerre… 

 

A l’an que ven, Zep !

L’an prochain, en 2015 au printemps, cela fera 70 ans que cette belle histoire a débuté. Il sera à Terroles,  assurément, avec sa bonne humeur et sa philosophie de vie bien particulière pour participer à la petite fête qui célèbrera l’événement.  Sans doute l’accompagnerons-nous, c’est la promesse que nous nous sommes faite en nous embrassant. Quelle belle histoire et quelle leçon de vie !

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23:30 Écrit par CATHERINE MERCIER dans HONNEURS, mode de vie, NOS VILLAGES | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |

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